Quand arroser un potager

Ce que l’air reprend, ce que le sol garde, ce que la pluie apporte, et ce que l’arrêté de la préfecture permet.

La question « faut-il arroser ? » se pose avec trois données : la pluie qui arrive, l’eau que l’air va reprendre, et l’état du sol. Atmoscope les met côte à côte sur la fiche jardin d’une ville. Ce guide explique d’où elles viennent, ce qu’elles mesurent, et à quoi s’arrête leur précision.

Les mots

Évapotranspiration (ETP, ET₀)
L’eau qui repart dans l’air, par l’évaporation du sol et par les plantes. L’évapotranspiration « de référence » (ET₀) est celle d’un gazon bien alimenté en eau : elle mesure ce que l’atmosphère est capable de reprendre, selon le rayonnement, la température, l’humidité de l’air et le vent.
SWI (indice d’humidité des sols)
L’état de la réserve en eau du sol par rapport à sa réserve utile, entre 0 (sol très sec) et 1 (sol saturé). Météo-France le calcule avec un modèle (SIM), sur des mailles de 8 km.
Réserve utile
L’eau du sol qui reste disponible pour l’alimentation des plantes.
Pluie tombée
Le cumul de précipitations d’une journée, en millimètres. Open-Meteo y compte la pluie, les averses et la neige.
Niveaux de gravité
Les quatre niveaux d’un arrêté sécheresse : vigilance, alerte, alerte renforcée, crise. Les restrictions d’usage de l’eau, dont l’arrosage, en dépendent.

Quatre notions, une par une

Ce que disent les documents officiels. Un chiffre que les sources ne donnent pas, ou donnent différemment, n’est pas écrit.

  • L’évapotranspiration : ce que l’air reprend

    • La FAO la définit pour une culture de référence : un gazon vert, haut de 0,12 m, bien alimenté en eau. Le calcul utilise le rayonnement, la température de l’air, l’humidité et le vent.
    • L’ET₀ est un paramètre du climat : elle exprime le pouvoir évaporant de l’atmosphère à un endroit et à une époque de l’année, quelle que soit la culture.
    • Pour une culture donnée, la FAO la relie à l’ET₀ par un coefficient propre à cette culture (le « coefficient cultural »). Cette page ne donne aucun de ces coefficients : les sources relues ici n’en fournissent pas pour un potager.

    Dans Atmoscope : Dans « Pluie : les prochains jours », Atmoscope affiche l’évaporation prévue (l’ET₀ d’Open-Meteo, qui décrit un gazon bien arrosé) face à la pluie prévue. Ce n’est pas la consommation d’eau de vos légumes, qui peut être plus ou moins grande.

  • L’humidité du sol : le SWI de Météo-France

    • Le SWI représente, sur une profondeur d’environ deux mètres, l’état de la réserve en eau du sol par rapport à la réserve utile. À 0, le sol est très sec et les plantes n’en tirent plus d’eau ; à 1, il est saturé et a atteint sa réserve utile.
    • Il décrit l’état hydrique du sol et pas le remplissage des nappes phréatiques.
    • Il n’est pas mesuré partout : peu de stations l’observent en temps réel. Météo-France l’estime avec le modèle SIM, qui découpe la France métropolitaine en 8 981 mailles de 8 kilomètres de côté.

    Dans Atmoscope : La fiche jardin affiche le SWI de la maille de votre commune, face à la normale du jour (moyenne 1991–2020). Elle le range à côté d’une seconde source, l’eau du sol calculée par la réanalyse ERA5-Land, sans jamais les mélanger : leurs échelles ne sont pas les mêmes. C’est un modèle de 8 km, pas une sonde dans votre planche.

  • Pluie tombée, pluie qui reste dans le sol

    • Un cumul de précipitations compte la pluie, les averses et la neige. Il ne dit pas ce que le sol en garde.
    • Entre le ciel et les racines, Météo-France cite parmi les échanges d’eau du sol l’évaporation, l’infiltration, l’interception par la végétation, le ruissellement en surface et le drainage vers le sol profond.
    • Les sources relues ne fixent pas de seuil (en millimètres) en dessous duquel une pluie ne compterait pas pour un potager.

    Dans Atmoscope : Choix d’Atmoscope, sans source : dans le décompte des jours de pluie de la semaine, un jour compte à partir de 1 mm. C’est un repère de lecture, pas une règle agronomique.

  • Matin ou soir ?

    • L’ADEME conseille d’arroser le soir ou tôt le matin, aux heures les plus fraîches, sans arroser trop. Elle ajoute de viser le pied des plantes (pour éviter que les feuilles brûlent au soleil ou que des maladies se développent), de biner la première couche de terre pour que l’eau y entre, et de pailler pour retenir l’eau dans le sol.
    • Bruxelles Environnement (une autorité belge) préfère le matin avant le lever du soleil, accepte le soir en été quand le soleil ne frappe plus les plantes, et juge inutile d’arroser en plein soleil : l’eau s’évapore alors plus vite qu’elle ne pénètre dans le sol.
    • Aucune des deux sources relues ne donne d’heure précise, ni de quantité d’eau par mètre carré.

    Dans Atmoscope : Atmoscope ne fixe pas d’heure d’arrosage. Il ne dit que si la semaine demande un arrosage, jamais à quelle heure ni en quelle quantité.

Les restrictions d’eau

Un arrêté sécheresse est pris par le préfet : les seuils qui déclenchent les restrictions sont fixés localement, et un arrêté est limité dans la durée et dans l’espace. Quatre niveaux de gravité existent partout.

  1. Vigilance

    Communication et sensibilisation du grand public. La situation ne conduit pas à une concurrence entre usages. Pour l’arrosage d’un potager, le tableau du guide demande de sensibiliser aux règles de bon usage de l’eau : pas d’interdiction.

  2. Alerte

    Les premières restrictions effectives des usages de l’eau. Pour l’arrosage des jardins potagers, le tableau minimal du guide indique : interdit entre 11 h et 18 h.

  3. Alerte renforcée

    Une aggravation de l’alerte : tous les prélèvements ne peuvent plus être satisfaits en même temps.

  4. Crise

    Il faut réserver la ressource à l’alimentation en eau potable, aux usages liés à la santé, à la salubrité publique, à la sécurité civile et à l’abreuvement des animaux, entre autres usages prioritaires.

  • Le tableau du guide du ministère donne des mesures minimales. Il prévoit que l’arrêté de votre département soit plus strict (des plages horaires plus longues sur des territoires à très forts enjeux) ou, pour certains usages en crise, moins strict.
  • Pour les niveaux au-dessus de l’alerte, la ligne « arrosage des jardins potagers » du tableau porte aussi une interdiction « de 9 h à 20 h ». La mise en page du document ne permet pas de dire avec certitude si elle vise l’alerte renforcée, la crise, ou les deux : cette page ne l’attribue donc à aucun niveau. Lisez l’arrêté de votre département.
  • Ces mesures ne s’appliquent pas à l’eau de pluie récupérée, ni à l’eau prélevée dans des retenues déconnectées de la ressource en période d’étiage. Il revient à l’usager de pouvoir le démontrer en cas de contrôle.
  • Le niveau de gravité pris en compte pour l’eau du robinet est, par défaut, celui du lieu où vous consommez l’eau, pas forcément celui de la ressource qui l’alimente.
  • VigiEau présente les mesures prises par les préfets. Atmoscope en reprend le niveau et les règles d’arrosage de votre commune dans la section « Restrictions d’eau » de la fiche jardin. Seul l’arrêté de la préfecture fait foi.

Comment Atmoscope répond à « faut-il arroser ? »

  • Il compare la pluie prévue sur la semaine à l’évaporation prévue (ET₀) sur les mêmes jours. Sans prévision d’évaporation, il ne juge que sur la pluie. Avec moins de quatre jours de prévision, il ne conclut pas.
  • Il corrige ce verdict par l’état du sol : l’indice SWI quand il s’écarte de plus de 20 % de la normale du jour, et la réanalyse ERA5-Land. Deux sources qui se contredisent s’annulent.
  • Les seuils de ce verdict (combien de millimètres de déficit pour dire « arrosez ») sont des choix d’Atmoscope, des repères prudents. Aucun document relu ne les fixe. Le résultat est un repère, pas une consigne.
  • Les prévisions d’un modèle se décalent : au-delà de trois jours, une averse peut bouger d’une journée ou d’une commune.

Ce que cette page ne remplace pas

  • Votre terre. Le SWI vaut pour une maille de 8 km, calculée par un modèle : un potager abrité, un sol sableux ou une pente s’en écartent. Enfoncer un doigt dans le sol dit plus sur votre planche que n’importe quel indice.
  • Les besoins de chaque légume. Les documents relus ne donnent ni quantité d’eau par mètre carré, ni fréquence, ni coefficient pour un potager : Atmoscope n’en affiche donc pas.
  • L’arrêté de votre préfecture, seul document qui fait foi pour savoir si vous pouvez arroser et à quelles heures.

Chercher ma commune pour voir sa fiche jardin

Sources

Rédigé par Atmoscope le 5 novembre 2026, à partir de ces documents, relus ce jour-là. C'est une reformulation : en cas de doute, l’arrêté de la préfecture fait foi pour les restrictions d’eau.